Portraits

Zigzag

À Marco…

D’où vient cette mélodie, soutenue par le lent ballet des musiciens dans leur fosse ? Comment peut-on entendre, situer, changer d’angle, s’y blesser ou glisser sur cette partition fantôme ?
Cette dimension est-elle réelle ? Et nous y vivrions ? Alors donne-moi seulement une preuve que tout ceci est bien réel. Autre chose que de me pincer, car il ne s’agit plus d’un rêve, autre chose que ses suées qui trempent nos draps, plus que le sentiment de s’envoler…
Se mettre en scène, c’est sortir de son personnage, le vêtir d’un impossible dehors et le contempler, du balcon, des premiers rangs ou du poulailler, le retourner, tirer sur les coutures, tâter l’épaisseur. C’est le regard que nous porte notre reflet quand à son tour il nous observe.
Sur cette feuille qu’on crayonne, le fusain de l’intime donne au rendu, l’aspect chinois de ces ombres où petit j’y distinguais, non sans appréhension, un mélange de magie blanche et noire.
Le timbre de cette voix, quand pelotonnés dans les bras de ta mère, elle chantait cette ritournelle dont tu étais le refrain.
Il y a le pli des mots, qui froissent la surface de la mémoire, comme s’il s’agissait d’un Joran en soirée. Ces ballades que tu offres comme un répit… Ou peut-être, les mots qui la bordent sont-ils ceux qui rassurent ? Dans démarche il y a marche et ce pas nous emmène, l’air devient vif, la respiration s’accélère, notre rythme cardiaque aussi… Tu es en phase… Il t’observe… Tu le sais, même si tu ne le vois pas, l’oxygène qui gonfle ton sang devient bleu. Il va falloir alterner apnées et larges golées.
Le verbe est ton armure, le clavier ton épée. Dans tous les combats, s’en parer c’est déjà provoquer. En face, il t’observe, il sait que tu te prépares, d’ailleurs vous vous attendiez.
Comme un retiaire, de pouvoir le serrer dans les rets de ton filet lui donnerait déjà une forme, mais c’est son contenu que tu veux. Il faut que tu t’en approches, malgré la peur que cette proximité inspire. Tu connais les traits dont il aime se travestir, son haleine, la vivacité de son déplacement, les coups foireux dont il est coutumier. Le soleil couchant rase les murs de l’arène, le bourdonnement du public gronde à tes oreilles comme si le flux d’un sang divin venait maintenant te battre les tempes. Tu fais quelques pas dans sa direction, campé sur tes appuis, puis tu engages ; aux premières passes vous garder la distance, les armes fouettent l’air. Sa brutalité l’emporte, ta timidité t’empêche d’en profiter.
Le tamis de l’éclairage, la chair qu’il exhale, le chas par lequel se faufile le lecteur, résonnent d’une vibration intense, il nous faut retrouver la partition, donner au lecteur le sang dont il s’abreuve, au psy la trame qu’il est incapable de produire.
Il revient à la charge, au son second assaut, tu bloques son estoc…
Non ce n’est pas un cirque, même pas la salle du début
Sur le rectangle blanc du mur, coure un lapin qu’une main absente reproduit en ombre… kaléidoscope d’une scène coupée au montage, sans synopsis, sans chronologie.
A l’incohérence des tableaux succèdent le désarroi de n’y avoir pas échappé. Cette galerie à le morbide d’’un tableau de chasse, dont chaque trophée aurait nos traits tirés.
Il est là, t’attendait.. t’appuie sur la tête quand tu pensais respirer.
Tu rengages, il ne nous reste que l’espoir … celui de le dompter, il n’y aura pas de pouce en bas…
Cet adversaire (…) «n ’a qu’une infime place dans ma vie, même si parfois il la prend toute »(…), alors tu pousses sur tes deux jambes et dans un ultime effort lui fera rendre gorge.
Mais il n’est pas dans ton filet, pas plus que dans l’arène maintenant déserte, il n’y a pas de foule, à la place du trident, ton poing se referme sur la futilité de nos phantasmes, sur le vide qui précède le choc.
Que de périlleux duels, combien de fois croiser le fer alors que personne ne te voit ? Quelle inutile bravoure dont nous n’aurons jamais été témoin. Combien de peur n’avons-nous su rassurer, inutiles martyr que nous avons laissé seul gravir leur Golgotha …
D’abord les frissons, puis dans le blanc de tes yeux révulsés, cette réalité en fondu-enchaîné. Ce présent qui te revient et enfin cette angoisse qui vous gifle avec le bruit sec d’un coup de fouet.
L’air qui pénètre par les fenêtres ouvertes sur l’intérieur de nos angoisses est le même qui gonfle les cheveux et les voiles de nos folies, identique à celui qui sèche nos pleurs.
Il n’y a pas dans la maladie d’autre devis que celui de notre déchéance, comme il n’y a pas dans nos existences d’autres issues que celles que nous nous acharnons à découvrir. Pour répétitives qu’elles soient, leurs perpétuels mouvements nous chavirent encore. La surprise, c’est avoir ce temps de retard, l’alchimie d’une synchronicité, tant que nous serons condamné à ne jamais quitté l’instant.
Il n’est plus depuis longtemps et tu le sais, de parcours qui nous emmène sans qu’il ne colle sous nos semelles quelques cailloux ou des pans de nos manteaux qui ne restent en bordure, happés par le destin, ne sachant qui de lui ou de nous tient, la boussole.
Je sais pourquoi, mais il flotte autour de moi ce sentiment de croire qu’il y a dans nos défaites bien plus de saveur que dans toute victoire, car de ces deux postulas je choisirais celui qui nous laisse une chance d’y revenir, de renfourner la cuisson de cette pâte, comme ces artisans qui palpent, défont et refont l’ouvrage, le contemple, le mette au four, y incorporent l’émail, le cuise et patientent jusqu’à atteindre les couleurs qu’ils n’avaient pas imaginé. Et quand bien même elles leur plaisent, ils se réjouissent déjà de recommencer, peut-être parce que tout ceci ne leur suffit pas… Comme si, dans chacune d’elles sommeillaient déjà l’autre.
Je me réjouis déjà de parcourir ton second livre…

Bien à toi,
Xav’, novembre 2010.

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