Essais

Essai sur le capitalisme financier

Comme l'a révélé la crise de 2007, le règne de l'argent semble coïncider avec son dérèglement. E Conan + H. Nathan

[su_dropcap style= »flat » size= »4″ class= »dropcap »]M[/su_dropcap]agnifique, immense, secret ou transparent, tout à la fois tentaculaire et intime, incontournable, mutant et granitique. Il est tout ou partie de notre humanité, un système politique non négociable. En perpétuelle mutation, un échelon avancé de l’inventivité. Difficile de catégoriser un système auquel personne n’échappe. Il quantifie, équilibre, détruit ou construit à sa guise. Il est un pari sur l’avenir, tout autant qu’une rente de notre passé. Mécène, il hypothèque la raison pour en distribuer les dividendes. S’accapare l’ensemble avant de le répartir, sans omettre sa marge au passage. Il étalonne la richesse, creuse le fossé et construit la passerelle. Il est partout, tout le temps et ça tombe bien parce que selon lui… c’est de l’argent.

[su_dropcap style= »flat » size= »5″ class= »dropcap »]L[/su_dropcap]es bases

Si de tout temps les échanges ont fait partie de la vie sociale, l’apparition de la monnaie va les faciliter et surtout les standardiser. Aujourd’hui elle ne représente plus que 10%, le reste des transactions s’effectuent par d’autres moyens, scripturaux ou électroniques. On assiste depuis les premières lettres de change, au moyen âge, à une virtualisation de la monnaie. Les premières mentions de capitalisme remontent au XIXè s. mais avant déjà on assiste à son éclosion .

06.01.2014/ Atlantico : l’Europe aurait modernisé son économie à la suite de la grande peste noire qui la frappa au XIVème et qui décima un tiers de sa population. Cette soudaine mortalité réduisit la main d’œuvre et par conséquence augmenta son coût. C’est cette hausse subite des salaires qui a forcé les Etats européens à un changement complet de stratégie économique, les couches supérieures de la société craignant que les travailleurs tentent d’exploiter leur position privilégiée. En témoignent les paroles du poète John Gower, qui regrette alors le bon vieux temps  : « Les ouvriers d’autrefois n’avaient pas l’habitude de manger du pain de blé (…) leur boisson était l’eau (…) les vêtements était gris clair ».
La hausse des salaires s’est alors accompagnée d’une forte hausse du coût de la vie, pendant que le travail, qui s’amoncelait, n’avançait pas. Helen Robbins écrivait en 1928 que « le grain pourrissait dans les champs, faute d’hommes pour récolter » et évoquait « la pénurie de mains pour planter la récolte de l’année suivante ». Une situation qui provoqua une hausse du prix du blé (+150% entre 1348 et 1351, au Royaume-Uni ; +300% entre 1347 et 1351, en France) et qui a donc ralenti la hausse des salaires.
L’évolution du marché du travail, qui va peu à peu se monétiser, va également mettre fin à la féodalité, au XVIème siècle. Les seigneurs disparaissent et la relation de travail s’établit désormais entre un employeur et ses employés et se retrouve régie par l’offre et la demande. Ce développement économique va transformer la société et renforcer la puissance économique d’une région du monde pourtant dévastée par la maladie. L’apparition de cette classe moyenne de travailleurs va, en outre, amener l’expansion progressive de nombreuses villes occidentales.
Une autre théorie suggère que la peste noire a encouragé les Européens à développer leur empire. Si cette analyse repose plus sur la spéculation que sur l’étude de chiffres et de faits concrets, James Belich estime que la maladie a véritablement incité les Européens, jusque-là opposés aux longs voyages, à prendre la mer. L’universitaire estime que les Européens, convaincus que rester sur terre était à peu près aussi dangereux que de voyager au long cours, ont alors relancé leur politique d’expansion colonialiste.

[su_dropcap style= »flat » size= »5″ class= »dropcap »]I[/su_dropcap]TRODUCTION

Le sociologue allemand Max Weber, a montré en 1905, dans un essai célèbre, comment l’éthique protestante avait contribué à mettre en selle le capitalisme. Aujourd’hui encore il faut d’ailleurs relever qu’en pib par habitant, on trouve parmi les dix pays les plus riches sept étant majoritairement d’obédience protestante : [Luxembourg], Norvège, [Qatar], Suisse, Australie, [Emirats Arabes Unis], Danemark, Suède, Pays-Bas, Canada. On peut donc penser, qu’il s’agit là d’un mouvement initié par une modernisation des répartitions, tout d’abord théologique puis économique. On constate d’ailleurs que l’émancipation s’associe souvent à des mécanismes d’échange accrus (et vice et versa). Dans l’important potentiel intellectuel apporté par une réforme revisitant le dogme régnant, on trouve les germes d’une libéralisation des systèmes et des mécaniques associées.

Pathologie sociale: où a donc commencé ceci ?  John Locke (angl. 1632-1704) sous-tend une idée de marché en introduisant la notion de propriété bordée par trois conditions : il doit en rester suffisamment pour les autres ; vous ne devez pas la galvauder et vous devez avant tout mélanger la propriété et le travail. Cette base sera le socle d’une compréhension économique, politique et juridique. Puis il introduit une valeur qui vient bouleverser sa démonstration ; – l’argent, mais ce vecteur vient remettre ces conditions en question ; l’argent achète le travail. Il efface la remarque de savoir s’il en restera assez pour les autres, ni de considérer si on le galvaude. Puis Adam Smith ajoute encore l’argument religieux en déclarant : « Dieu l’a fait de cette façon, c’est son droit. » et quand on lui demande de ce qu’il peut en être de l’équilibre, comment obtenir que l’offre et la demande s’équilibre, il répond : « l’invisible main du marché ». On introduit une notion mystique dans ce principe. Il n’a pas seulement énoncé les droits sur la propriété, mis en œuvre tous ses moyens et ses droits naturels, énoncé par Locke, mais le système lui-même tient grâce au Divin. Enfin Smith écrit : «L’insuffisance des moyens de subsistance détermine les limites de la reproduction des pauvres, et la nature ne peut s’occuper de cela d’aucune autre manière que par l’élimination de leurs enfants.. » ce qui entérine définitivement l’équilibre précaire d’une société pyramidale [Dr. John  Mc Murtry] d’un système en pleine mutation,  largement empreint de valeurs verticales. Un siècle auparavant  Jean Calvin estimait que la masse des artisans « devait être maintenue en état de pauvreté pour rester obéissante envers Dieu »

En 2000, Henri Pena-Ruiz, dans sa conférence sur la laïcité contre la pensée unique, utilise ce concept pour tenter un parallèle entre le capitalisme et la disparition des lois sociales adossé à une « pénétration religieuse » pour en « panser les plaies »


On se rend donc compte qu’à travers ce prisme certains paradoxes ou distorsions de la redistribution, trouvent leurs origines dans des principes du XVIIè.  Mais malgré tout, jamais ces pères fondateurs ne se seraient doutés qu’aujourd’hui, la majeure partie des profits ne se ferait plus sur la partie productive de ce mécanisme, mais sur sa jambe financière, par l’accélération dynamique de son flux constituant.

[su_dropcap style= »flat » size= »5″ class= »dropcap »]L[/su_dropcap]a modernité

(Zeitgeist / You tube) L’idée même du système capitaliste actuel se fonde sur les bases suivantes :
Il repose sur cette articulation et son interaction avec les principes  suivants : sa rareté (d’où une obsolescence planifiée), la valeur ajoutée, retour sur investissement.
Dès que le seuil de profitabilité est atteint, ce dernier obère généralement la somme des ressources, sociales ou énergétiques qui y furent consacrées, l’équation étant une simple opération comptable positive.  La valeur ajoutée : on entend par là l’amplification ou la résonance réalisée sur un produit. Ce mode confère à l’ensemble son aspect final. Il permet surtout par un phénomène de mode ou élitiste, d’en accroître le bénéfice par son design ou sa technologie.
La motivation que les futurs gains font miroiter, stimule la compétitivité de ce système. Ce qui sous-entend que si l’homme n’avait pas la perspective de gain futur, le rythme de l’évolution se serait réduit.  Souvent brandit comme un étendard par ceux qui en font l’apologie, cet argument ne fût probablement pas celui qui animait un Newton, Darwin, Pasteur, Einstein et contingente la perspective de développement dans un cadre dont le seul ordre est l’expression d’un système et sa valorisation ; son vecteur, le travail.
On arrive là au cœur de ce qui dans une perspective humaine, historique et contemporaine s’inscrit comme le fluide vital d’un système qui s’en fait l’architecte et l’injecteur. Il permet à l’édifice de se maintenir, s’étager ou plus précisément se hiérarchiser selon une méthode simple et verticale. Dans sa version la plus extrême, on ne tient même plus compte des conditions dans lesquelles il se pratique, seuls sont considérés, le produit, le rendement et surtout la subordination de l’ensemble à l’élite.
En stigmatisant les chômeurs,  ceux qui bénéficient de prestations sociales ou les rentiers, bref  tous ceux qui n’en font pour une raison ou une autre pas partie, on disloque la communauté par la fracture économique.

[su_dropcap style= »flat » size= »5″ class= »dropcap »]D[/su_dropcap]ysfonctionnement,  effets pervers et coercition

 

Courrier International  / Robert Reich (novembre 2015) « Il y a cinquante ans, quand General Motors était le premier employeur des Etats-Unis, ses salariés gagnaient l’équivalent de $ 35.- actuels par heure. Aujourd’hui, le principal employeur du pays est Walmart et ses employés gagnent en début de carrière $9.- environ. »

Le Crédit Suisse vient de publier le 13 octobre 2015, sa dernière étude  sur la répartition des richesses dans le monde. Selon cette source 1% de la population mondiale détient 50% des richesses.  Les écarts n’ont fait que s’accentuer depuis 2008.  Toujours selon le CI,  ces disparités engendrent non seulement des tensions sociales mais accentuent aussi les problèmes de santé des personnes les moins aisées. Au Royaume-Unis, si le taux de mortalité était en moyenne identique à celui des universitaires,  on compterait 220,000 décès de moins.

Atlantico / François Leclerc (16jan14) L’image d’une pyramide renversée illustre au mieux en tout cas la grande instabilité du système financier. Mais, plutôt que la faiblesse des démocraties, c’est celle des dirigeants politiques qu’il convient de mettre en cause quand ils sont au pouvoir. (…)Quant à la référence au « marché », si fréquente, l’anonymat des investisseurs qui le composent n’est-elle pas le premier pas conduisant à l’impunité, lorsque celui-ci est responsable de catastrophes, au prétexte éculé qu’il a « toujours raison » ?
Un ancien chef économiste du FMI, Simon Johnson – qui fait campagne contre les banques dites Too big to fail, (« trop grosses pour tomber »), devenues Too big to jail (« trop grosses pour aller en prison ») – a décrit avec minutie les allers et retours entre le monde des finances et la haute administration américaine. Il a montré qu’au fil des alternances politiques, les mêmes personnes se retrouvaient caricaturalement des deux côtés de la barrière, pouvoir financier d’un côté, et politique de l’autre. Pour cette raison, ne doit-on pas considérer que ce pouvoir est de nature oligarchique ?  Selon Sophie Bessis (…) il s’agit de la domination du dogme néolibéral dans les instances économiques internationales. La pauvreté n’est alors plus analysée comme un fait politique, mais comme une défaillance individuelle.(…)

Robert Kuttner / The American Prospect/ 17.06.12 Crise européenne ; l’heure de remettre les fauves en cage –extraits-)

(…) Les marchés retirent leur investissement des économies perçues comme faibles augmentant ainsi mécaniquement le coût financier de leur victime. En réaction comptable, les agences de notation abaissent la note ce qui amplifie encore l’effet sur le rendement des états en difficulté. Les banques centrales prennent alors des mesures afin d’endiguer la vague et demande en retour de nouvelles mesures d’austérité,  ce qui aggrave encore le mouvement déjà engendré. Le cercle vicieux ainsi amorcé s’entretient par lui-même.
A fin 2009 l’Europe s’acheminait vers une reprise modeste. La croissance était de retour, le chômage baissait dans la plupart des pays. C’est alors qu’en Grèce, le gouvernement récemment élu cet octobre-là, annonça que le déficit était pire que prévu : les fonds de couverture se mirent alors à spéculer contre la dette grecque en  exploitant à fond cette tendance,  jusqu’à la développer à tous les états jugés faibles selon eux.
Ce n’est évidemment pas l’économie grecque (qui compte pour 2% du PIB européen) qui a accentué le problème, c’est la part faite au marché dans l’appréciation du contexte….
Il ne faut pas oublier que l’origine de cette crise trouve son fondement dans une interprétation erronée du risque par le marché – ce qui est une façon élégante de dire qu’une bande de «génie de la finance » surpayés de surcroît jouèrent leur tapis sur un marché immobilier qu’ils pensaient insubmersible en inventant d’improbables créances qui enrichirent quelques-uns au détriment du reste. Alors pourquoi auraient-ils soudainement raison en ce qui concerne la Grèce, l’Espagne ou l’Italie ? Regardez la volatilité des rendements de ces pays. Le vrai risque financier ne peut changer dans cette mesure de semaine en semaine…
Les années qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale, le fardeau de la dette était colossal, il n’empêche que l’Europe fut le témoin d’une impressionnante reprise économique et le fait que la spéculation financière « était tenue en cage » (taxes sur les transactions financières, régulation, contrôle des capitaux ou intervention étatique) à cette époque n’y est évidemment pas étranger.

Marianne 9 au 15 fév. 2013 – Daniel Cohen « Nous souffrons de n’être évalué que par l’argent )[Extraits]

(…) Le travail (…) ne vise pas seulement à gagner sa vie, mais il est aussi un moyen d d’accomplissement social. L’avènement du capitalisme financier, notamment depuis les années 80, brise cette aspiration, en cassant les collectifs de travail, en parcellisant les processus de production grâce à la mondialisation et parvenant à introduire de la compétition entre les hommes, là où il n’y en avait pas avant. Or, les hommes souffrent de n’être évalués que par l’argent, alors qu’ils ont le sentiment de travailler pour bien plus que leur salaire. Cela donnerait raison à Karl Marx selon qui le capitalisme tend à faire de chaque chose une marchandise. Mais le capitalisme a connu plusieurs incarnations. Dans les années 50, il était inimaginable de voir un patron s’augmenter sans commune mesure avec ses employés, parce cette période est profondément marquée par la seconde guerre mondiale qui a transformé la vision que les hommes avaient de leurs relations. Cette exception a pris fin dans les années 80, avec la révolution financière. Les dirigeants sont sortis du salariat, grâce à d’énormes incitations  comme les stock-options. Mais le capitalisme peut aussi s’insérer dans différents registres, sans qu’une forme s’impose aujourd’hui relativement à hier. Les sociétés doivent ressourcer la légitimité des secteurs non marchands. Aujourd’hui ce sont ceux de l’éducation et de la santé qui sont les plus dynamiques. C’est un paradoxe : nous nous désolons quand les dépenses de santé augmentent et nous nous réjouissons quand celles consacrées à l’automobile augmentent. Anthropologiquement, c’est un non-sens.

Zeitgeist : en ce qui concerne le chômage, une étude (Merva-Fowles) démontre que la déformation du tissu social américain engendre à chaque fois qu’il progresse d’un pour cent, les effets suivants : + 6,7% d’homicides, + 3.4% de crimes avec violence, +2.4% d’atteinte à la propriété et ceci dans la majeure partie des cas, se reporte sur les populations déjà fragilisées. En d’autre terme et ceci sans surprise, de l’environnement dépend le comportement…

Courrier International – 13.09.12 – L’inégalité, un boulet pour l’économie,  Joseph Stiglitz affirme qu’un marché libre et compétitif est hautement bénéfique pour la société, mais que, pour rester fonctionnel, il doit être régulé et contrôlé par l’Etat. Or les autorités de régulation sont réduites à l’impuissance par les intérêts privés qu’elles sont censées contrôler et lesdits intérêts déterminent les décideurs de toutes sortes. La manière dont le débat public a été délibérément façonné a permis aux analyses conservatrices de s’assurer une position dominante dans les années qui ont précédé l’effondrement de 2008, puis de la conserver.
Les discriminations empêchent la nation de tirer le meilleur parti de chacun de ses citoyens et l’inégalité, en engendrant un système éducatif défectueux et de mauvaises conditions de cohabitation, agit de manière destructrice. Stiglitz a résumé son argumentation dans une courte chronique publiée récemment en ligne : “L’inégalité conduit à une croissance plus faible et à une efficacité moindre. Le manque d’opportunités signifie que les forces vives de la nation – sa population – ne sont pas utilisées au mieux. La plupart des gens qui se trouvent en bas de l’échelle ou au milieu ne peuvent réaliser pleinement leur potentiel parce que les riches, qui n’ont guère besoin des services publics et craignent qu’un gouvernement fort ne redistribue les richesses, usent de leur influence politique pour réduire les impôts et restreindre les dépenses publiques.

Atlantico / 21.01.14 – N. Goetzmann / F. Bourguignon  La recherche effectuée par Oxfam, est que les 85 personnes les plus riches du monde concentrent autant de richesse que les 3.5 milliards de personnes les plus pauvres, soit 50 % de la population mondiale. C’est aussi le constat que la très grande partie des revenus ont été capté par les 1 % les plus riches depuis 30 ans. Un monde injuste et inégal est un monde instable. Pour lutter contre les inégalités il faudrait démanteler les paradis fiscaux, instaurer des fiscalités progressives et lutter contre le pouvoir politique détenu par les riches pour sécuriser leur revenu. Les capitaux sont naturellement plus mobiles que les individus.

[su_dropcap style= »flat » size= »5″ class= »dropcap »]L[/su_dropcap]es relais, les lobbies, la compromission et les distorsions

« On voit bien déjà que le néo-capitalisme est prêt à partager plus équitablement les richesses, mais pas le pouvoir » P.-Etienne Flandin

 

Le capitalisme n’existe pas, BILAN 22août 12, Myret Zaki,
(…) Cela fait une quinzaine d’années que les Etats-Unis, parangon du capitalisme occidental, ont dérivé vers un système très différent, bien plus dangereux. Celui-là répond aux vœux d’une oligarchie politico-financière de tirer tous les bénéfices du capitalisme, sans jamais plus en payer le tribut. A l’origine, notre capitalisme occidental se veut démocratique et libéral. Il repose sur les notions d’individualisme, de libre entreprise et d’auto régulation des marchés. Or sous l’influence du Trésor américain et de la Fed, et en vertu de la doctrine «too big to fail», nos «économies de marché» sont devenues les plus administrées de toutes(…). Nos Etats ont fait voler en éclats les lois du marché, faussant le jeu pour empêcher les banques de faillir. Dans un capitalisme libéral, une entreprise doit pouvoir réussir sans limites, mais aussi échouer sans limites. C’est seulement ainsi que le système s’autorégule et se nettoie. Et l’individualisme, pilier du capitalisme anglo-saxon, veut que chaque acteur jouisse des fruits de son labeur, et paie aussi ses risques de sa poche. Or aujourd’hui, on laisse les lois du marché s’exercer uniquement en phase de hausse, lorsqu’elles permettent aux firmes de s’enrichir au plan privé sans limites. Et quand ces mêmes firmes défaillent suite à leurs propres abus, l’Etat canalise des ressources publiques illimitées pour les dédommager. Récompenser l’échec, c’est tout sauf du capitalisme libéral. C’est de l’économie planifiée. Sauf qu’ici, l’Etat ne planifie pas pour le plus grand nombre, comme le faisait l’URSS ; il planifie pour le plus petit nombre. C’est le pire des deux mondes: du socialisme inversé, du capitalisme assisté par l’Etat, de la spéculation subventionnée, de l’individualisme entretenu, de l’irresponsabilité financée à crédit. Un système perverti où l’Etat, au lieu de jouer l’unique rôle qui justifie son existence – à savoir veiller au maintien de conditions de vie décentes pour la majorité des habitants de son territoire – n’est plus là que pour redistribuer le bien collectif en faveur de firmes puissantes. Dès lors, ces dernières gagnent à double : sur les marchés financiers lors des hausses, et sur le dos de la collectivité lors des baisses. L’essence même du capitalisme libéral a été violée.

Atlantico – 29.01.14 / N Goetzman  Le manque de consommation est la conséquence de la part de plus en plus faible des salaires dans l’économie. En effet, depuis le début des années 1980, la part des salaires dans les revenus s’affaiblit par rapport à ceux provenant des capitaux. Ce point est factuel.
Bien évidemment cette situation pose un problème majeur en termes de cohésion sociale, car si le système ne profite pas à tous, il ne peut être considéré comme viable sur le long terme. Mais ce type de constat n’est pas à même, selon moi, de remettre en cause l’idée de capitalisme. Cependant, si un régime politique, basé sur un système économique, ne peut plus se reposer sur le bien commun, nous avons un problème.
François Leclerc : Ce ne sont pas les constatations qui manquent pour accréditer la perspective d’une autodestruction du capitalisme. Nul besoin de se référer à Karl Marx pour observer, même si un certain retour en grâce de celui-ci exprime le besoin de comprendre la crise actuelle, ce que la pensée économique dominante, avec ses schémas et ses croyances, ne permet pas. Parmi les observations que l’on peut faire figure en bonne place l’énorme volume atteint par la sphère financière, comparé à la taille de l’économie mondiale qui en dernière instance garantit les actifs financiers, avec comme conséquence un déséquilibre structurel grandissant.
La comparaison des rendements dégagés par l’activité financière et économique est pourtant sans appel. Il est dans la logique du capitalisme financier – au sein duquel l’activité financière n’est plus au service de l’économie mais est devenue un but en soi – de créer des écarts grandissants de revenus entre ceux qui travaillent pour vivre et ceux qui font travailler leur argent. C’est cela qui n’est pas tenable (…).

Marianne 9 au 15 fév. 2013 – Laurent Mauduit – (Extrait de l’article : les liaisons dangereuses) Les journalistes et analystes sont à l’origine même d’un système qui favorise la connivence : le documentaire « Inside Job » démontre comment quelques-uns des économistes les plus célèbres aux Etats-Unis figuraient parmi ceux qui étaient le plus sous l’influence de la finance. L’anémie démocratique  et l’inexistence de contre-pouvoirs efficaces à ce niveau  a propagé un phénomène de corruption douce dans des proportions pharamineuses. Il suffit de faire le tour des économistes les plus célèbres (en France notamment) pour s’apercevoir rapidement que le mélange des genres est une pratique courante du milieu. Bien sûr, ils arguent que pour en parler il faut la connaître, mais l’argument joue toujours en sens unique : pour justifier un poste rémunérateur au conseil d’une banque ou d’un groupe d’assurances.

Marianne 9 au 15 fév. 2013 – (E. Conan et Hervé Nathan) Une économie de la canopée. Comme la forêt équatoriale génère dans ses cimes ensoleillées un biotope indépendant de ce qui se passe dans la pénombre, au pied des arbres géants. « L’accumulation de revenus astronomiques entre les mains d’une micro élite au sommet de la pyramide des richesses a donné naissance à une économie de la canopée déconnectée de la nation, du peuple dont elle est issue.  Charles Ferguson réalisateur d’Inside Job.

L’accélération de la circulation de l’argent, sa mondialisation, ont transformé les rapports entre ses détenteurs et ceux qui n’ont que leurs mains ou leur cerveau pour le gagner. En s’évadant des frontières – et des règles sociales ou fiscales qui le disciplinait-, l’argent a pris le dessus. En France, alors que, dans le partage des bénéfices, le travail ne cessait de l’emporter sur le capital jusque dans les années 70, ce dernier a renversé le rapport de force dans les années 80 et mettant en concurrence les offres de travail par l’immigration et les délocalisations. La Chine livrait alors à toutes les multinationales son prolétariat dressé par le communisme.

«Tandis qu’une minorité semble profiter outrageusement d’une dynamique destructrice pour la vie du plus grand nombre, aucune force politique majoritaire n’émerge pour imposer une autre voie ». J. Généreux – La Grande Régression

Marianne 9 au 15 fév. 2013Monique Pinçon –Charlot+ Michel Pinçon  Les riches veulent qu’on les remercie . Depuis que le capitalisme industriel s’est effacé devant le néo-libéralisme et que le monde de la finance a pris le pouvoir sur le politique, les riches, les dominants, les oligarques, les dynasties familiales ne sont jamais allés aussi loin dans les manipulations idéologiques et les escroqueries linguistiques. Ils n’ont plus besoin d’avoir mauvaise conscience puisqu’ils se considèrent comme des créateurs de richesse et d’emploi. Ils sont parvenus à inverser les valeurs traditionnelles de la morale et croient vraiment que les classes populaires dépendent d’eux et sont des assistées. Même s’ils vivent de la spéculation et du travail d’autrui, ils sont persuadés qu’ils sont les « bons » et qu’ils valent des millions d’euros parce que, disent-ils, ils prennent des décisions de la plus haute importance. Il y a une mise en scène de la richesse qui en même temps est une mise en scène de l’excellence sociale.

Atlantico 9déc13 Une étude du think tank américain « Brookings Institute » intitulée « The Glass Floor » (le plafond de verre) semble montrer que les enfants qui naissent dans des foyers riches ont plus de chances de réussir que les enfants intelligents.
On voit des inégalités sociales dès le plus jeune âge. Mais l’enfant de 4 ou 5 ans qui a du mal à apprendre à lire n’a pas moins de mérite qu’un autre. La méritocratie, telle qu’on se la représente dans les pays anglo-saxons, ne marche donc pas. Par conséquent, un pays qui donne beaucoup de poids à la réussite scolaire va entériner ces inégalités. Cette études est consacrée à la mobilité sociale,c-à-d la propension des enfants aux extrêmes du spectres (très riches/très pauvres) à se recentrer. Eh bien, il apparaît qu’une forte proportion (43%) d’enfants de parents riches conservent leur revenu, même lorsque le résultat des tests ne le justifiait pas. Cette étude révèle que 250,000 élève ne méritent pas leur place alors que 400,000 jeunes avaient des capacités requises mais restaient à l’écart.
Selon B. Obama, cette immobilité économique menace d’écraser la classe moyenne.
L’ascenseur social serait-il en panne ?

[su_dropcap style= »flat » size= »4″ class= »dropcap »]V[/su_dropcap]ers les limites et au-delà

30.07.2014 / Escalona Fabien Une société sans croissance : la politique de la grande stagnation (…)

Dans le cadre économique et institutionnel en vigueur, un certain nombre de maux sociaux (dont le chômage de masse) se révèlent impossibles à guérir par la croissance. De plus, sans «le grain à moudre» fourni par une expansion continue, les conflits distributifs sont amenés à faire de plus en plus de perdants.

Il est maintenant admis que durant la période 1945-1973, les hauts niveaux de croissance ont été un ingrédient essentiel des compromis de classe positifs entre travail et capital (les seuls, sans doute, qui méritent le nom de «sociaux-démocrates»). Ils permettaient en effet de garantir simultanément le progrès social et les fondamentaux d’une économie capitaliste. On a ainsi pu parler de la croissance des Trente Glorieuses comme d’une «boucle émissaire», c’est-à-dire un facteur inédit ayant permis aux hommes de «s’opposer sans se massacrer», en canalisant leurs ressentiments vers l’horizon de l’abondance matérielle.

Il y a donc une logique à ce que la période exceptionnelle du boom de l’après-guerre ait aussi été celle de l’apogée des régimes représentatifs occidentaux, au sens où l’inclusion socio-politique des masses y a atteint des niveaux sans précédents. Or, depuis, la «grande fatigue du capitalisme» s’est accompagnée de l’épuisement parallèle des démocraties libérales.

Parmi celles-ci, figurent notamment le déclin de la participation électorale, d’ailleurs socialement différenciée; celui de l’identification et de l’appartenance partisanes; l’appauvrissement du contenu des alternatives proposées aux électeurs; le renforcement des exécutifs au détriment des assemblées délibératives et des corps intermédiaires; ou encore le rétrécissement social du recrutement des élites politiques, la clôture de leur mode de vie et la multiplicité de leurs liens privilégiés avec les milieux d’affaires.

En réalité, le terme de «démocraties» a toujours été abusif pour qualifier les régimes consolidés dans l’espace occidental. De nombreux politistes, ont bien montré que ces régimes sont avant tout représentatifs, que leurs principes ont été fixés dès le 18ème siècle précisément par crainte du pouvoir de «la plèbe», et que leur caractère démocratique s’est en effet renforcé au cours du temps, sans toutefois en être un principe constitutif. Si l’on devait décrire plus précisément les indices de déclin évoqués ci-dessus, il faudrait donc parler d’une dégradation de la qualité démocratique des régimes représentatifs, ayant coïncidé avec la fin du long boom économique de l’après-guerre.

Cette lente érosion démocratique, déjà en cours, n’est-elle vouée qu’à simplement se poursuivre durant l’ère de la «grande stagnation»? Un tel diagnostic négligerait la rupture qualitative introduite par la crise actuelle.

♣ ♣ ♣

Plus le fossé qui sépare les riches des pauvres est large, plus il est facile d’utiliser cet espace pour asseoir le modèle. On force les premiers à tout tenter pour éviter de tomber dans la pauvreté et les seconds pour s’en extraire.

[su_dropcap style= »flat » size= »4″ class= »dropcap »]L[/su_dropcap]’économie : science ou pseudo-science ?

par Bernard GuerrienSPS n° 269, octobre 2005

L’économie, en tant que discipline a de quoi laisser perplexe un observateur extérieur.

D’une part, les économistes  se servent d’un langage obscur pour faire des prédictions douteuses voire contradictoires et d’autre part, ils utilisent abondamment les mathématiques –(au niveau des publications académiques, seule la physique théorique fait mieux), ce qui semble  valider une démarche rigoureuse et scientifique.

Ils se retranchent ensuite derrière la complexité de leurs réflexions sans qu’on ne puisse valider par l’expérimentation leurs diverses théories.

John Stuart Mill disait à propos de la prévisibilité des phénomènes sociaux, que l’obstacle majeur vient de la difficulté de faire des expériences en raison de la multitude de paramètres à prendre compte et de leur mouvance permanente. La reproductibilité devient alors impossible.  Ajoutez la difficulté d’appliquer des nombres précis à des faits de cette nature et tout ceci met une limite infranchissable à la possibilité de les calculer à l’avance.

Les théories économiques partent donc pratiquement toutes d’un petit nombre de postulats simples – qui relèvent de l’observation, sur les comportements humains ou de certaines régularités à un niveau plus global – dont elles cherchent à déduire des conséquences, susceptibles d’être décelées, du moins en tant que tendances, dans les statistiques.

Le problème, et les divergences entre économistes, tient au grand nombre de relations causales envisageables, et donc à leur importance relative. D’où l’existence de modèles très différents, qui peuvent apporter des lumières sur ce qui a pu se passer dans tel ou tel endroit, à telle ou telle époque, mais pas du tout dans d’autres endroits ou époques.

Il y a évidemment toujours l’espoir d’« expliquer » pourquoi il en est ainsi, en invoquant des facteurs dont on n’a pas tenu compte – parce que, par exemple, ils ne sont pas quantifiables.

Les économistes sont connus par le peu de fiabilité de leurs prévisions, mais aussi par leur capacité à justifier leur confusion a posteriori, par des concepts comme les « chocs » ou par toutes sortes d’évènements imprévus.

Une profession très sollicitée

Jusque-là, on peut toutefois considérer que la démarche des économistes est scientifique, puisqu’ils cherchent à expliquer certains aspects de la réalité, à établir des relations causales, ou du moins à dégager des tendances, qu’ils essaient de quantifier en utilisant les statistiques disponibles, ou qu’ils collectent. Il leur est cependant difficile d’adopter un profil bas, en reconnaissant que la théorie est sommaire et que la portée de ses modèles est vraiment très limitée. Est-ce dû au fait que leur profession est très sollicitée par les pouvoirs publics, et par la société en général, qui aimeraient connaître leurs réponses aux maux comme le chômage, l’inflation ou le déficit extérieur.

La tentation est alors grande d’utiliser des modèles sensés démontrer leur anticipations à grand renfort d’équations censées décrire des comportements aléatoires.  Cette démarche cependant n’est pas sans poser des problèmes au niveau du traitement statistique ou même de cohérence théorique – incompatibilité des comportements décrits par certaines équations.

 À côté de ceux qui utilisent ces modèles dans les ministères, les banques, les grandes institutions internationales, il y a les théoriciens qui les inspirent. Contrairement aux sciences de la nature, le théoricien est, dans le cas présent, partie prenante de la réalité qu’il veut décrire, ou comprendre. Sa vision de la société est largement influencée par la place qu’il y occupe. Il a forcément une opinion et celle-ci va donc conditionner, si ce n’est déterminer, sa réflexion et ses recherches sur ce qui est. Devant la complexité de la réalité sociale, il va choisir les axiomes de sa théorie, pour en arriver aux résultats et conclusions. En fait, très souvent il va élaborer une théorie dans la perspective d’en prouver – parfois en pervertissant sa mathématique- l’authenticité. Et c’est évidemment à ce moment-là que l’on tombe dans la pseudo-science, même si elle prend l’apparence honorable d’équations et de déductions impeccables.

(Nov 14) Peut-être pas parfait, mais le meilleur ?

Extrait de : En route vers dix années de prospérité ? (Emmanuel Garessus -en clair, le développement de ses arguments- Le Temps – me 3.dec14)

[su_dropcap style= »flat » size= »4″ class= »dropcap »]L[/su_dropcap]es critiques du système (sous-entendu capitaliste) devraient accorder plus d’importance à la formidable amélioration du niveau de vie depuis 2 siècles. Le revenu des salariés s’est accru 2900% depuis 1800, une multiplication par 29 !

(En italique, les arguties) Ce chiffre ne dissèque pas la répartition. Une personne comme le Directeur d’une société internationale rentre dans la catégorie de salarié. En aucune façon elle ne tient compte des circonstances dont le coût humain du système et les guerres que sa logique engendre. Il n’y a pas de remise en question si ce n’est l’aplomb des chiffres, alors que ceux frappés par ces inégalités ont fournis le gros des victimes collatérales ou engagées dans les opérations. Le vice de ce système (bien qu’il ne soit pas le seul dans ce cas) c’est d’engendrer par l’écart que le profit génère une division entre les possédants et les autres, c’est exactement ce que beaucoup d’économistes soulignent et tentent de corriger.

Dans les pays pauvres, le revenu a été multiplié par dix. Les pessimistes tentent de nous faire oublier que la grande pauvreté a été réduite de trois quarts entre 1970 et 2006. Elle est passée de 26.8% à 5.4%, le système économique fonctionne mieux qu’on ne l’imagine. Donald Boudreaux et Mark Perry ont calculé que pour les 20% les plus pauvres, la part des dépenses de base était passée de 53% du revenu disponible en 1950 (aux US) à 44% en 1970 et 32% en 2013. Les pauvres d’aujourd’hui vivent mieux que la classe moyenne de 1970.

En Suisse, le PIB par habitant a été multiplié par 4 depuis 1945.

Les détracteurs de ce système prennent pour cible le capitalisme et ses inégalités en sous-entendant que la prospérité naît d’une accumulation du capital en ignorant l’innovation qu’il sous-tend et la prospérité qu’elle apporte par le biais du capital humain. Le progrès est né des idées, de l’innovation et non pas du capital physique.

Dans beaucoup de sociétés, un nombre (qu’il est bien évidemment difficile de vérifier) important de cadres voire de personnes à leur sommet, n’apportent plus rien d’autre que d’en avoir été l’initiateur (dans le meilleur des cas) ou l’héritier, le dépositaire parfois. Il n’y est pas question de création ou d’innovation, on parle simplement de justifier la part soustraite à l’ensemble par une acrobatie libérale.

Si ces revenus sont en constantes hausses c’est qu’elles sont le fruit de deux idées bourgeoises : la liberté et la dignité, ce n’est pas un mécanisme de juste redistribution qui permet un tel gain des salariés.

Ces pessimistes sous-estiment les vertus de la concurrence et de la liberté économique.

Deux principes paradoxaux à la lumière du rapport de l’OCDE publié le 9 décembre 2014

« Les inégalités entre riches et pauvres n’ont jamais été aussi fortes dans les pays de l’OCDE en 30 ans, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques dans un rapport paru mardi.

Les inégalités de revenus, entre riches et pauvres, atteignent un niveau inégalé depuis trente ans dans les pays de l’OCDE. Or ces aggravations d’inégalités affectent la croissance de ces économies. Dans ces pays, « le revenu des 10% de la population les plus riches est 9,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres », affirme le rapport. Dans les années 1980, les plus riches gagnaient au maximum sept fois le revenu des plus pauvres.

Recul des inégalités en Grèce et en Turquie

En près de 30 ans, les inégalités se sont le plus creusées aux Etats-Unis, en Finlande, en Israël, en Nouvelle-Zélande, en Suède et, dans une moindre mesure, en Allemagne.

La France, la Belgique et les Pays-Bas n’ont connu sur cette période qu’une faible variation des inégalités. Seules la Grèce et la Turquie ont vu leurs inégalités diminuer.

Croissance touchée

« Le creusement des inégalités a coûté plus de 10 points de croissance au Mexique et à la Nouvelle-Zélande », près de 9 au Royaume-Uni, à la Finlande et à la Norvège et de 6 à 7 points aux Etats-Unis, à l’Italie et la Suède, estime l’OCDE. En revanche, une « situation plus égalitaire avant la crise » a participé à l’augmentation du PIB par habitant en Espagne, en France et en Irlande. D’après l’OCDE, l’impact négatif des inégalités sur la croissance est dû au fossé qui sépare les 40% de foyers aux revenus plus modestes du reste de la population. Cet écart est renforcé par un investissement insuffisant de ces familles dans l’éducation, limitant les possibilités d’instruction de leurs enfants ainsi que la mobilité sociale et le développement des compétences. »

Les valeurs perdues du capitalisme

(Slavoj Zizek – Courrier International avril 2015)

On ne rêve plus désormais d’une démocratie libérale mondiale qui marque la fin de l’Histoire. Mais les modèles économiques se sont révélés plus exportables que les idées politiques, et le capitalisme a triomphé. Les pays pauvres qui l’ont adopté connaissent une croissance fulgurante.

L’économie de marché n’a aucune difficulté à assimiler les religions, les cultures ou les traditions locales. Elle s’accommode aisément de la primauté d’un Etat autoritaire. N’étant plus associée aux valeurs culturelles de l’Occident, on peut dire qu’elle en est coupée. Réinterprétés sous un jour plus critique, nombre de concepts autrefois chers aux Occidentaux – l’égalitarisme, les droits fondamentaux, un Etat providence généreux et universel – peuvent être utilisés comme des armes contre le capitalisme.

Liberté imparfaite

Si la liberté est une base fragile du capitalisme en Occident, ce n’est pas sans raison : c’est un concept creux. Elle y survit, mais sous une forme altérée. Le libre choix ayant été élevé au rang de valeur suprême, les restrictions imposées par la société ne peuvent plus lui porter atteinte. Mais il est fréquent que l’accord entre les deux concepts ne soit que rhétorique.

Quand l’espoir d’emplois de longue durée disparaît, on nous parle d’un marché du travail “flexible”, qui offre la possibilité de se réinventer constamment. Quand les pensions de retraite disparaissent, on nous donne la liberté de planifier nos vieux jours. Nous sommes continuellement contraints de faire des choix “libres”, des décisions que nous devons prendre seuls, même si nous ne sommes pas suffisamment informés pour le faire judicieusement. Si c’est cela la liberté, c’est un fardeau.

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