Essais

Essai sur la perception

4 phases accompagnent les effets de notre venue au monde : la naissance, la mise en place de cuirasses corporelle et la construction d’une personnalité protectrice. La naissance s’accompagne de bouleversements, comme les flux créateurs qu’ils génèrent tant physiquement que psychologiquement. Ces contractions amènent l’enfant à quitter progressivement son ressentit pour l’orienter vers l’extérieur, délaissant ces propres ressources pour faire ce qu’on lui demande. Ces resserrements s’associent presque tous à l’angoisse. En effet, au cours de cette période où sont éprouvées les craintes initiales, se produisent également les premiers rétrécissements du flux énergétique -rétrécissement correspond d’ailleurs étymologiquement au mot angoisse-.
Dans la conception thérapeutique habituelle, la responsabilité des problèmes d’un individu repose souvent sur ses parents. Or une grande partie des peurs qui inhibent la vie d’un individu ne relève pas d’eux. C’est le cas de la plus importe d’entre elles, à savoir l’angoisse existentielle. Elle est à la fois la peur de la mort, de la division, du vide, du néant et de ne plus exister. Elle représente le fondement même de nos craintes les plus intimes. Les parents ne peuvent éviter au nouveau-né les effets naturels du passage et qu’ils ne peuvent être tenus responsables de toutes les angoisses qui peuvent survenir par la suite.
(…) Freud admettait bien sûr que la naissance soit un événement considérable dans la genèse inconsciente de la psyché ; c’était même la rupture majeure, sur laquelle l’individu essaierait toute son enfance – parfois toute sa vie – de revenir, afin de retourner dans le ventre de sa mère. Mais cela faisait partie des fondements instinctuels inexprimables. Du coup, on pense à Otto Rank, l’un des tout premiers disciples de Freud, qui tenta de recentrer la théorie psychanalytique autour du traumatisme de la naissance. Rank considérait que tous les souvenirs infantiles pouvaient être considérés comme des « souvenirs écrans », masquant le plus pénible de tous les souvenirs : celui de la naissance. Il insistait sur le fait que la guérison est souvent décrite par les patients comme une « seconde naissance ». le fait de revivre l’instant zéro permettrait donc, disait-il, de dépasser la névrose.
Stanislav Grof sorte de pionnier ou d’explorateur de cette voie à mener des expériences avec des patients sous LSD. La théorie qu’il formule veut que, dans un état second induit par la drogue ou hyperoxygénation, le psychisme repère les blocages énergétiques principaux et tente de s’autoguérir en reproduisant la séquence. De cette façon, les charges peuvent être libérées, par le corps d’abord, puis retravaillée au par la personne qui a accepté de faire face de la sorte aux refoulements.
Pour tenter de mettre de l’ordre dans l’ordre des phénomènes auxquels il était confronté, il formule sa théorie en quatre phases qu’il appelle matrices prénatales.
1° – D’abord on était bien, immensément bien. le souvenir océanique de l’intérieur du ventre maternel a signé tes plus anciennes impressions. On ne faisait qu’un, et on goûtait sensuellement et émotionnellement à l’idée de l’un. Plus tard, toutes tes grandes euphories, extases, sérénités, impressions de fusion avec un autre être, ou avec la nature, ont fait résonner cette « signature » là, que Grof appelle la matrice périnatale fondamentale numéro un. La « résonnance » en question peut d’ailleurs s’amplifier jusqu’à la folie, chez les individus à l’égo mal établi. Ou jusqu’à I.extase mystique, chez les grands artistes.
2° – Mais un jour, brusquement, tout bascule en enfer. Cela faisait un certain temps que nous étions à l’étroit. Et soudain, l’utérus s’est mis à se contracter de toutes parts. Le col n’étant pas encore ouvert, la situation semblait sans issue. Vu la notion temporelle, cet enfer a duré éternellement. C’est la seconde signature, le second marquage de la psyché. Les hallucinés que Grof assiste dans leurs trips revivent psychologiquement et physiquement, des situations de grande souffrance, absurdes ad vitam. A ce second marquage vient ensuite s’ancrer tout un enchaînement de traumatismes biographiques. Toutes les situations traumatisantes parce que sans issue, que l’individu, surtout enfant, a traversées, ont fait résonner au fond de lui cette matrice périnatale numéro deux. Ce n’est qu’en revivant cette phase de sa naissance qu’il pourra, dit Grof, définitivement se délivrer de ces traumatismes.
3° – Puis le col de l’utérus s’est lentement ouvert. « Une pièce de dix sous », disaient les sages-femmes. Au centre des chairs violacées, distendues à craquer, le minuscule cercle d’une tonsure est apparu. Vous avez déjà assisté à une naissance ? Tensions extrêmes, pressions affolantes. De l’enfer absurde, l’enfant bascule dans quelque chose d’infiniment plus violent encore, mais qui au moins prend une direction. Lentement, il se retrouve aspiré dans le col de l’utérus, abominablement compressé au fond du sexe de maternel.
4° – Enfin, après l’enfer et la violence apocalyptique, nous sommes chassés hors de cette sphère paisible. Un grand regret tout autant qu’un grand soulagement, mais essayiez de vous débrouiller avec ça ensuite ! La première gorgée d’air coïncide avec la première et affolante impression d’étouffer. Mais enfin libre, on fond au soleil d’une jouissance presque pure. « Presque ». Premier rappel de l’ancienne fusion océanique, la matrice périnatale fondamentale numéro quatre a le bonheur humble.
Quand ils la revivent sous LSD, les patients de Stanislas Grof ont des visions de paysages immenses, lumineux et calmes, de ciel rempli d’arcs-en-ciel, de plumes de paon. Ils se retrouvent dans des situations de grande solidarité humaine. Ils aiment le monde entier et veulent le prouver le plus vite possible au maximum de gens. Ils connaissent la béatitude de ceux qui ont bien fait l’amour…
Parfois, leur extase est brutalement interrompue par une violente douleur au nombril – le fait de couper le cordon ombilical est-il aussi indolore qu on le prétend généralement ?

Chacune d’elles constitue une empreinte fondamentale. Elle moule notre expérience future et fonctionne comme un tambour que fait résonner ce que nous allons vivre par la suite. Autrement dit chaque fois que nous vivons des expériences similaires, la matrice est réactivée.
C’est avec le corps entier qu’une image se révèle ! Mais il y a une autre façon de s’en sortir : une métaphysique ouverte, voici déjà un demi-siècle, dans l’ancienne vision du monde. Certains de nos souvenirs seraient en fait des accès à une information particulière, échappant au temps cartésien-newtonien. Le temps du bon sens, fort pratique, bien que totalement relatif et illusoire dès que l’on prend du recul et que l’on considère l’espace-temps comme un continuum lumineux. Toute la pensée psychologique s’est édifiée à l’intérieur du vieux temps relatif qui se croyait absolu. Freud, comme d’ailleurs Einstein, vécut un pied dans l’ancien temps, un pied dans le nouveau. Il découvrit l’inconscient (temps éminemment nouveau), mais prétendit qu’on parviendrait forcément un jour a en expliquer tous les ressorts en termes biochimiques. Les pères fondateurs des sciences de la psyché ont découvert l’escalier en colimaçon menant aux caves de l’égo, mais parvenus à une certaine profondeur, ils ont mis un barrage en travers de l’escalier.
Si on le franchissait on pourrait y lire une information appartenant à un autre temps. Dans sa cartographie, Grof appelle ce temps « niveau transpersonnel. Ce serait une sorte de mémoire « phylogénétique » ouverte (réincarnée) sur un résumé en neuf mois de la vie.
L’une des pistes les plus prometteuses nous mène au physicien David Bohm. Selon ce maître de la mécanique quantique, l’espace-temps que nous appelons « réel » ne serait qu’une expression d’un ordre infiniment plus complexe, que Bohm baptise « ordre impliqué ». Un ordre auquel les théoriciens n’auraient accès que grâce à une holomathématique, où il n’est plus question de transformations mais de métamorphoses. Aujourd’hui, cet ancien élève d’Einstein utilise, pour tenter de se frayer un chemin parmi les paradoxes des confins de la matière, le modèle holographique : le « réel » serait de I’ordre des interférences ondulatoires.
Or le même modèle sert au neuro-psychologue Karl Pribram pour élucider le mystère de la mémoire. Les travaux de Pribram ne sont encore soutenus par aucune industrie et demeurent donc marginaux. Mais ils sont éblouissants. L’une des hypothèses folles auxquelles ils aboutissent voudrait que la mémoire ne soit « contenue » ni dans le cerveau ni dans le corps. La théorie de Pribram préfère la comparaison avec un poste de télé : il capterait, holographiquement des souvenirs. Il avance que la vraie réalité se trouve dans l’énergie que détectent nos sens et pas dans les objets que nous appelons réels. Pour lui, nos sens s’entendent pour créer l’illusion du monde qui nous entoure. Curieusement, au même moment, le biologiste Rupert Sheldrake découvre que les formes des êtres vivants ne sont peut-être pas stockées, comme on le dit d’habitude, dans l’ADN des chromosomes, mais que ces derniers agiraient comme des antennes. Des antennes subtiles, entrant en résonnance avec des champs morphogénétiques échappant à notre temps…

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